Réussir, c’est pas grave 2

INTERVENANTS

Angélique LENAIN, de Sensee

 

Hortense SAUVARD, fondatrice et présidente de ouiaremakers.com

Mardi 3 juillet, c’était mon premier LEGAL TUESDAY !

C’est quoi un LEGAL TUESDAY ?

Les LEGAL TUESDAYS sont des rencontres legaltech mensuelles pour connecter les acteurs de la digitalisation du droit qu’ils soient legal techeurs, avocats, juristes connectés, notaires, huissiers, investisseurs, chefs d’entreprise, entrepreneurs, spécialistes de la communication ou représentants des pouvoirs publics.

La première partie de la soirée se déroule sous la forme d’un échange assez intimiste au cours de laquelle un ou plusieurs speakers issus du monde du digital non juridique partagent leur expérience, donnent des conseils pratiques à un public captivé et motivé.

La soirée se poursuit autour d’un (…plusieurs) cocktail(s). C’est le temps du networking pour permettre aux acteurs de la digitalisation du droit de se rencontrer, d’avancer ensemble et faire du business.

Tout le monde discute avec tout le monde, les jeunes et les moins jeunes, les juristes et les non-juristes… avec beaucoup de simplicité et convivialité. On passe avant tout un bon moment et on sort de cette soirée plus boosté que jamais.

Pour sa 5ème édition, sur le thème « Réussir, c’est pas grave », les Legal Tuesdays accueillaient Angélique LENAIN, CEO de Sensee, et Hortense SAUVARD, Co-Fondatrice et Présidente de OuiAreMarkers. Elles nous ont partagé leur expérience entrepreneuriale avec enthousiasme et humour : un bol d’énergie et de motivation, avec un peu de girl power, ce qui ne gâche rien !

Comment êtes-vous arrivés à la tête d’une start-up à succès ?

Angélique LENAIN (AL) : En sortant du bac, je ne savais pas vraiment ce que je voulais faire. Mes parents m’ont poussée à faire une école de commerce. Après deux années de prépa, je suis donc entrée à HEC. En master, un ami m’a proposé de suivre des cours de droit. Je me suis dit « pourquoi pas ?! ». C’est comme cela que je suis devenue avocate. J’ai exercé quelque temps dans un gros cabinet parisien. J’ai ensuite été chassée par une société d’investissement (Eurazeo) dans laquelle j’ai exercé pendant 4 ans en tant que Directeur adjoint. Puis, on m’a proposé de travailler pour une société de capital-risque (Jaïna Capital). Associée pendant plus de 8 ans dans cette entreprise qui a pour objectif d’apporter un soutien aux start-up, j’ai pu m’approcher du milieu entrepreneurial. C’est dans cet environnement que j’ai eu l’occasion et l’envie de monter ma propre start-up.

 Hortense SAUVARD (HS) : J’ai suivi le parcours classique « Grandes Ecoles de commerce » (ESCP Europe). Après 6 ans au service Marketing d’Etam Lingerie, j’ai été embauchée en tant que Directrice Marketing chez ALittleMarket qui permet à des créateurs indépendants de vendre leurs produits en ligne. C’est après 3 ans dans cette entreprise que j’ai décidé de me lancer avec d’autres entrepreneurs, également passionnés de création et d’invention, pour créer OuiAreMakers.

Comment vous est venu l’idée d’entreprendre et de monter votre start-up ?

AL : Tout simplement l’opportunité et les rencontres. Lorsque j’étais étudiante à HEC, il existait déjà une filière « entrepreneur ». Contrairement à aujourd’hui où elle compte près du tiers des étudiants de chaque promo, elle n’attirait à l’époque qu’une quinzaine d’étudiants, considérés fous. J’ai vraiment senti cette évolution arriver lorsque j’ai travaillé chez Eurazeo. Lorsque l’occasion s’est présentée de construire mon propre projet côté entrepreneur et non investisseur, je l’ai tout de suite saisie.

HS : Depuis toute petite, j’ai en moi cette envie d’entreprendre, de créer, de construire. Mais j’ai eu réellement le déclic lorsque j’ai arrêté d’avoir peur d’échouer. Lorsque j’ai réussi à me dire, « et au pire, je me plante ». C’est vrai qu’il faut aussi sentir certains signaux, qu’on est souvent seul à remarquer. Une fois la peur partie et les signaux perçus, je n’avais plus qu’à définir mon modèle économique.

Dites-nous en plus sur votre start-up ?

AL : Sensee est le leader français du e-commerce du marché de l’optique, regroupant notamment lentillesmoinschères.com. L’idée d’origine était d’élargir ce qui avait été fait pour les lentilles aux lunettes, c’est-à-dire proposer aux clients de belles lunettes, moins chères et de bonne qualité.

Il ne faut cependant pas croire que la start-up s’est construite sans embûche : nous avons connu notre premier échec dès le début. Le marché de l’optique était complétement bloqué par les grosses entreprises françaises et étrangères du secteur, qui ont très mal accueilli notre arrivée, puisque nous proposions les mêmes produits à des prix très inférieurs. Sous leur pression, les marques, qui avaient accepté de nous fournir leurs lunettes, sont revenues sur leurs engagements pour ne pas se fâcher avec les entreprises installées et nous n’avions plus rien à vendre. Nous avons tout repris depuis le départ, nous avons dessiné nos propres lunettes, que nous faisons fabriquer dans le Jura. Cela nous permet de contrôler toute la chaîne de production et de produire « français ».

Nous nous sommes aussi plantés en voulant sortir tout de suite une fusée Ariane, ce qui est une grave erreur. Il faut commencer petit et tester en permanence son marché avant de passer à l’étape suivante : essayer avec une trottinette, puis un vélo, une voiture, et si cela fonctionne bien, on passe à

l’avion. La fusée Ariane vient en dernier. Cette métaphore est essentielle pour comprendre qu’il est indispensable de tester, mais tester petit.

Une fois que nous avons compris notre erreur, nous nous avons tout repris à zéro. Développer le e-commerce du marché de l’optique, c’était d’abord créer une distribution directe entre le fabriquant et le client, en boutique ou chez lui. Nous nous sommes alors focalisés là-dessus et sur l’expérience client, qui est essentielle dans le B2C.

Aujourd’hui, Sensee compte environ 70 salariés. Toutes nos lunettes sont fabriquées dans le Jura, berceau français de l’optique. Nous tenons beaucoup au respect des règles éthiques de notre entreprise, notamment la protection de l’environnement à travers des produits garantis Made in France.

HS : L’idée de Oui Are Markers est de créer une communauté de partage de savoir-faire, sur laquelle chacun peut venir présenter ce qu’il a fabriqué, inventé ou réparé et expliquer comment il l’a fait. Les créations sont aussi variées que l’imagination de chacun. Nous permettons à nos utilisateurs d’avoir accès à une plateforme de tutoriels très diversifiée. Au niveau macro, le concept est de réinventer notre façon de consommer, de réparer nos objets plutôt que de les jeter. Nous nous inscrivons dans la tendance « Do It Yourself », qui a pour objectif éthique le respect de l’environnement.

Pour ce qui est de notre business model, nous avons tout de suite écarté le recours à la pub traditionnelle pour nous financer, puisque l’objet même de OuiAreMakers est de proposer une alternative à la société de consommation (passer du conso-mmateur au conso-maker).

Notre business model repose sur deux axes : des activités « média », au bénéfice de nos clients, qui s’adressent au grand public, avec l’organisation de concours de créations et d’inventions, et l’organisation d’évènements ; et des activités « corporate », qui s’adressent aux salariés de nos clients, afin réinventer la formation de manière collaborative.

Oui Are Makers compte aujourd’hui 5 salariés à temps plein et accueille des freelances en fonction des besoins, pour l’élaboration d’évènements particuliers.

  

 Pourriez-vous nous décrire une journée-type à la direction d’une start-up ?

AL : Le mardi-type, par exemple, commence officiellement avec 12 min chrono de point visioconférence avec les 70 salariés de l’entreprise (du siège aux boutiques). En réalité, pour être concis et rapide, il faut travailler plusieurs heures. On récapitule les réalisations, les évènements, les chiffres de la semaine passée, on présente ou rappelle les échéances à venir, les objectifs, et on salut les nouveaux arrivants de l’équipe, etc. C’est un moment fondamental pour l’entreprise, et c’est pour moi l’opportunité d’entretenir le sentiment d’appartenance à l’entreprise et de cohésion des salariés.

Ensuite, je passe au sein de chacun des services pour contrôler le travail, aider, conseiller, rigoler et crier (de temps en temps). J’interviens beaucoup au service design où je participe activement au dessin de nos modèles et sur tous les sujets commerciaux et financiers. Je vérifie plusieurs fois par jour le nombre de ventes.

J’ai la photo de tous mes clients (étape obligatoire pour vérifier que nos lunettes sont adaptées), ce qui me permet de regarder chacun de nos clients. Je suis toujours très touchée de voir des visages souriants sur ces photos.

Les heures de travail s’enchainent, les journées sont longues, mais on rigole bien.

HS : Dans une journée-type chez OuiAreMakers, j’exerce tous les métiers : les mêmes activités que les autres salariés (validation de tutos, organisation des évènements, etc).

Dans la course pour être lauréat du Réseau Entreprendre, j’ai eu la chance d’avoir un entretien avec 7 grands patrons qui m’ont tous donné des conseils. L’un d’entre eux m’a particulièrement marquée et je m’astreins à le respecter tous les jours : me créer 3 nouveaux contacts business tous les jours. Je crois que c’est le meilleur conseil que j’ai reçu. C’est une clé de la réussite.

En résumé, quels conseils donneriez-vous à des entrepreneurs débutants, et notamment comment piloter de telles structures ?

AL : Comme je l’ai déjà dit, je pense qu’il est essentiel de tester petit. Il faut du temps pour gravir les échelons et ne pas griller les étapes.

Il faut aussi savoir saisir les opportunités qui s’offrent à vous, et ce, au bon moment.

Aujourd’hui, à la tête de 70 personnes, il est très important pour moi de continuer à entretenir un lien avec chacun des salariés et leur activité dans l’entreprise.

HS : Je confirme ce conseil : l’exemplarité est indispensable. Il faut continuer de faire ce qu’on demande à nos salariés de faire. Il est important de savoir écouter certains conseils qu’on peut vous donner.

 

Constance Létard

DÉTAIL DE L’ÉVÉNÉMENT

Date : 3 juillet 2018

Heure : de 19h à 23h

Lieu : Hôtel Le Banke, restaurant Le Banke

Carte :

ORGANISATEUR

Alexandra Sabbe Ferri
Avocate et fondatrice de mesindemnités.com
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